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domingo, 19 de junho de 2011

Principe de l'égalité des races

Les théories de l’inégalité des «races» dans le courant du XIXème siècle servent à légitimer l’expansion coloniale occidentale. Ce « présupposé » de l’inégalité ou de l’infériorité de certaines «races» forme également l’arrière-plan idéologique permettant de justifier le nouvel ordre du monde censé surgir des travaux de la Conférence de Paix qui se tient à Paris à l’issue de la Première Guerre mondiale. La Conférence de Paix qui s’ouvre en 1919 à l’initiative des vainqueurs a pour objet de négocier des traités de paix entre les Alliés et les puissances associées avec les représentants des nations vaincues (Allemagne, Autriche, Bulgarie, Hongrie, l’empire Ottoman). Elle se déroule du 18 janvier 1919 au 21 janvier 1920. La décision de créer la «Société des nations» (League of Nations) est prise à cette occasion. Une commission est chargée de rédiger la Charte de la future institution. Les travaux de cette commission progressent simultanément à ceux de la Conférence.


La situation du Japon à la Conférence est particulière. Il a déclaré la guerre à l’Allemagne le 23 août 1914 et les traités qui l’unissent à la Grande-Bretagne le placent du côté des vainqueurs. Pourtant le Japon semble prendre un malin plaisir à tester la sincérité des grands principes évoqués pour la création de cette SDN qui serait chargée d’établir une «gouvernance pacifique» du monde après le traumatisme provoqué par la «boucherie» qu’aura été la Première guerre mondiale. La délégation japonaise est conduite par le marquis
Saionji Kimmochi, y figurent également parmi les 64 délégués, le baron Nobuaki Makino, le vicomte Chinda Sutemi (ambassadeur à Londres), Matsui Kenichiro (ambassadeur à Paris) ainsi que le prince Fumimaro Konoe.

Voici comment la participation du Japon à la Conférence de Paix est évoquée dans Histoire du Japon, un usuel de la bibliothèque de l’INALCO. Jean Esmein y brosse à la page 471 en une vingtaine de lignes, le tableau de l’histoire du Japon de 1868 à nos jours. Le passage cité ci-dessous se trouve au chapitre 32, il est titré : Les années de chance et d’inconscience 1912-1923. «Le premier ministre Hara nomma plénipotentiaires Saionji et Makino, à la tête de la délégation japonaise à la conférence de paix. Le Japon fut reçu comme l’un des cinq principaux vainqueurs de la guerre. Il avait trois objectifs de paix, les deux premiers à courte vue (droits allemands au Shandong, archipels allemands au nord de l’équateur) et le troisième tiré d’un chapeau (le principe de l’égalité des races) : en fin de compte, les «trois principes», comme on s’empressa de dire pour faire «bien». Les délégués chinois protestèrent contre le premier «principe», malséant à l’égard d’un autre pays vainqueur. La confirmation du transfert au Japon des droits allemands causa une grande agitation en Chine (le 4 mai fut désormais commémoré comme un jour de colère contre le Japon).

Pour les archipels du Pacifique, le Japon obtint le mandat de la Société des nations (SDN), et pour l’heure, il pouvait s’en contenter. En ce qui concerne l’égalité des races, la Grande-Bretagne l’aida peu : l’Australie en désapprouvait le principe. Les envoyés japonais le rédigèrent alors différemment : égalité dans le traitement des nationalités dans tous les pays, et il fut approuvé dans ces termes par la commission compétente de la S.D.N. (par onze voix contre cinq), cependant Woodrow Wilson, qui présidait, lui-même objecta qu’il fallait l’unanimité, du moment qu’il s’agissait d’une question de «principes». L’affaire fut perçue par le Japon comme si les vainqueurs refusaient de mettre fin aux inégalités raciales. La diplomatie japonaise se reprocha de ne pas avoir mieux préparé la conférence de paix. En exposant l’amour-propre des Japonais, elle avait soulevé des passions qui contrariaient plutôt les orientations données à sa politique, son choix de partenaires en particulier.»

Shimazu Naoko dans son livre Japan, Race and Equality, The racial proposal of 1919 [], se penche plus en profondeur sur cet épisode et apporte un éclairage documenté sur les enjeux de la fameuse proposition japonaise. Cinq explications sont couramment avancées pour rendre compte des motivations de la délégation japonaise :

1) Le désir de résoudre le problème épineux de l’immigration japonaise.

2) Une demande de reconnaissance universelle de l’égalité des races fondée sur un motif idéaliste et altruiste.

3) L’insécurité éprouvée par le Japon en tant que grande puissance «non-blanche» et son désir d’être reconnu comme une grande puissance sur la scène internationale («Great Power equality on the basis of Racial Equality»).

4) Des facteurs de politique interne au Japon, le Premier ministre japonais de l’époque, Hara Takashi, est un «pro-league» grâce à laquelle il pense trouver le moyen de sortir le Japon du danger que représenterait un isolement potentiel.

5) La «real politic» : la proposition japonaise aurait fait partie d’un marchandage afin obtenir le Shandong occupé jusqu’alors par l’Allemagne. Au-delà du grand principe «humaniste», la question de l’égalité raciale est explosive car elle touche au problème des immigrations transpacifiques (chinoise et japonaise)[]. Selon l’étude de Shimazu qui se fonde sur des documents de première main, minutes, archives diplomatiques des pays concernés, le détail de la négociation montre que la proposition, qui visait d’abord la question de l’immigration, prend peu à peu un contenu plus «abstrait» (universel) ne pouvant que provoquer l’opposition des nations anglo-saxonnes, notamment de l’Australie en la personne de son premier ministre Billy Hughes[], avocat de la «White Australia Policy» (Politique pour une Australie blanche).

D’après Emile Joseph Dillon[], les débats de la commission roulent sur la question de l’égalité des religions lorsqu’au détour d’un échange entre le colonel américain House et le baron Makino.

Le baron Makino Nobuaki

Ce dernier, désireux de sortir de l’impasse dans laquelle s’engage la discussion propose d’élargir le champ d’application de cette «égalité» à celui des «races». «Le baron Makino déclara qu’il était tout à fait de l’avis du colonel House et des membres de la délégation américaine. L’égalité des religions (equality of religious confessions) n’était pas seulement souhaitable mais nécessaire afin d’assurer un bon déroulement des travaux chargés d’établir la «Société des Nations». Il ajouta que ce principe devait s’appliquer également aux races, cette extension étant également le corollaire du principe guidant d’un nouvel ordre mondial (new world ordering). Il proposa en conséquence l’insertion d’une clause proclamant l’égalité des religions et des races»[].

Les délégués restent dubitatifs et chacun y va de son couplet expliquant la situation respective de son pays concernant la question religieuse. Le représentant britannique affirme que les Catholiques dans son pays sont «bien» traités mais que la loi ne leur garantit pas les mêmes droits qu’aux Protestants. La France craint que l’introduction de ce principe ne ravive la querelle entre les Catholiques et l’État. L’Italien plaisante en disant qu’aucun autre représentant n’avait un Pape dans son pays… On propose finalement que les deux propositions soient retirées. Les Japonais refusent et maintiennent leur désir de voir adopté un amendement à l’article 21 garantissant le principe de l’égalité des races.

Émile Dillon rapporte la teneur de la discussion qui aurait alors opposé le Premier ministre australien Billy Hughes au baron Makino et au vicomte Chinda.

La délégation australienne

Hughes aurait déclaré : « Je veux bien admettre l’égalité des Japonais en tant que nation, et aussi l’égalité des individus d’homme à homme. Mais je ne peux admettre les conséquences auxquelles nous devrons faire face si nous vous ouvrons notre pays. Ce n’est pas que nous ne les tenons pour être inférieurs à nous mais simplement parce que nous ne les voulons pas. Économiquement, ce sont des facteurs perturbants parce qu’ils acceptent des salaires bien inférieurs au minimum pour lequel nos compatriotes acceptent de travailler. Peu importe s’ils se mélangent bien avec notre peuple. Nous ne voulons donc pas qu’ils puissent épouser nos femmes. Ceci est une opinion personnelle. Je ne veux pas vous offenser. Notre législation n’est pas dirigée spécialement contre les Japonais. Les sujets britanniques en Inde subissent cela de la même manière. Il est impossible que nous puissions formuler une modification à votre amendement parce qu’aucune modification concevable ne saura jamais satisfaire chacun d’entre nous.»[]

Ces propos sont confirmés en 1929 dans un livre du même Hughes évoquant l’idéal d’une «Australie blanche»[].

(Enviado por um Amigo)

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